Genèse

Quand j’ai eu fini le conte de fée, 66gnes, j’ai vu une figure se dessiner en creux par son d’absence criante.

D’un côté c’était par les artifices de l’histoire, qui la faisait s’envoler, s’échapper cette figure. Mais j’ai dû me rendre à l’évidence qu’elle m’était la plus intime, la plus difficile pour moi à exposer ou à explorer.

Cette figure est celle du garçon, de l’homme. Cette figure est celle de la perte, de l’absence : la silhouette qui part dans le brouillard dans la dernière scène d’ « Autant en emporte le vent », celle qui tourne le dos et abandonne Scarlett O’Hara.

L’homme absent  a dans ma vie une genèse qui commence pendant la première guerre mondiale, puisqu’elle a fait de ma grand-mère une orpheline à jamais inconsolable, une petite fille qui éternellement l’a attendu, cherché, invoqué.

Nord-Sud commence là : j’avais envie, après avoir ausculté mes filles sous tous les angles de l’enfance à la jeune fille,  de faire quelque chose avec mon fils qui par la magie savante et cruelle de la vie devenait un homme à son tour. Là, sous mes yeux encore étonnés de découvrir que mon enfant s’évanouissait, que je le savais, mais que j’avais un peu oublié.

Pourquoi Nord-Sud?

J’ai passé les premières années de ma vie dans des lotissements qu’on appelait « la cité Esso », dans la baie de Seine. Comme beaucoup des habitants de ces cités de l’industrie du pétrole, je suis née là par hasard. Le travail avait conduit nombre de gens à fonder leur foyer dans cette ville, loin de « chez eux ».

Les premiers, comme mes grands-parents, y sont arrivés après la deuxième guerre mondiale. Le Havre était l’un des plus grands ports européens avant les bombardements alliés, il était à reconstruire entièrement après. Dans les années 50, les américians se sont implantés avec leur industrie et leur « way of live » célèbre depuis : des maisons individuelles avec l’eau courante DEDANS, une salle de bain dans chaque maison, un jardinet…bref le luxe pour ceux qui avaient manqué de tout ou presque pendant des années. Dans ces lotissements, des familistères, des coopératives pour l’alimentation, un cinéma avec les films américains, des jeunes qui allaient découvrir l’époque Yéyé, le twist, le rock n’roll et bientôt mai 68 qui ne changerait pas leur destin…Le pétrole les nourrirait aussi.

Pablo lui est né dans le Sud, presque par le même processus : après la crise de 1992, j’ai quitté Paris parce que je n’avais plus les moyens d’y vivre et parce que j’avais du travail là-bas, de l’autre côté de la Loire. Il vit à une époque où les guerres sont loin de chez nous et près de notre vie : elles se situent principalement là où le pétrole jaillit, où il est devenu un enjeu essentiel de notre civilisation : au Sud, à l’Orient.

Je l’ai emmené une journée d’hiver en promenade dans ces lieux de mon enfance qu’il ne connaissait. Je lui ai donné la caméra et nous avons roulé, marché, filmé et peu parlé. En regardant les prises, j’ai remarqué que Pablo filmait d’une façon très particulière jusqu’au jour où j’ai compris que cette façon était la même que celle qu’il utilise pour se repérer dans un jeu vidéo. Celui auquel il jouait à l’époque, entres-autres, était »"Drop Ship » : un jeu dans lequel on fait la guerre pour la paix, où les objectifs sont industriels mais aussi civils, dans lequel on peut rouler à 200km.h dans le désert avec un char d’assaut…